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DE GAULLE ET L'EUROPE

« Pour organiser l’ Europe, qu’on la prenne donc comme elle est, c’est à dire comme un ensemble formé de peuples très distincts dont chacun a, bien à lui, son corps, son âme, son génie et, par suite, doit avoir ses forces. Renvoyons aux géomètres les plans étranges qui prétendent mêler, à l’intérieur des mêmes unités, les contingents de pays divers pour fabriquer l’armée apatride. Où donc les soldats de cette Babel militaire iraient-ils puiser leur vertu ? Si, pour une coalition, il est nécessaire d’instituer entre Etats, par délégation de tous système unique aux échelons supérieurs du commandement, le principe qui domine tout c’est qu’une armée se bat avant tout pour son pays, sous l’autorité de son gouvernement et sous les ordres de ses chefs. Aucune, je dis aucune, de celle que doit fournir l’Europe ne saurait être ni bâtie, ni employée, autrement ».

Charles de Gaulle, discours prononcé à Nîmes, 7 janvier 1951.

 


« Y a-t-il une France, une Allemagne, une Italie, une Hollande, une Belgique, un Luxembourg, qui soient prêts à faire, sur une question importante pour eux au point de vue national et au point de vue international, ce qui leur paraîtrait mauvais parce que cela leur serait recommandé par d’autres ? Est-ce que le peuple français, le peuple allemand, le peuple italien, le peuple hollandais, le peuple belge, le peuple luxembourgeois, songeraient à se soumettre à des lois que voteraient des députés étrangers, dès lors que ces lois iraient à l’encontre de leur volonté profonde ? Ce n’est pas vrai ! Il n’y a pas moyen, à l’heure qu’il est, de faire en sorte qu’une majorité étrangère puisse contraindre des nations récalcitrantes. Il est vrai que, dans cette Europe «intégrée» comme on dit, il n’y aurait peut-être pas de politique du tout. Cela simplifierait beaucoup les choses. En effet, dès lors qu’il n’y aurait pas de France, pas d’Europe, qu’il n’y aurait pas de politique faute qu’on puisse en imposer une à chacun des six états, on s’abstiendrait d’en faire… »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue au palais de l’Elysée, le 15 mai 1962.

 


« Pas d’ union européenne, disaient-ils, sinon par une intégration à direction supranationale ! Pas d’union européenne, si l’Angleterre n’en fait pas partie ! Pas d’union européenne, sauf à incorporer dans une communauté atlantique ! » Pourtant, il est clair qu’aucun des peuples n’admettrait de confier son destin à un aréopage principalement composé d’étrangers. De toute façon, c’est vrai pour la France. Il est clair également, que l’Angleterre, grande nation et grand état, l’accepterait moins que quiconque. Il est clair enfin, que, fondre dans une politique multilatérale atlantique le position de l’Europe, ce serait en sorte qu’elle-même n’en ait aucune et, dès lors, on ne voit pas pourquoi elle en viendrait à se confédérer. »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue au palais de l’Elysée, 31 janvier 1964.

 


« On peut faire des discours sur l’Europe supranationale. Ce n’est pas difficile: il est facile d’être un jean-foutre »

Charles de Gaulle Réception à l’Elysée, 10 juin 1965

 


« La France savait aussi bien que quiconque, en tout cas beaucoup mieux que ceux qui ne sont pas européens, qu’il ne peut y avoir d’Europe qu’en vertu des ses nations, que, de par la nature et l’histoire, notre continent est tel que la fusion n’y est que confusion, à moins qu’elle ne soit l’oppression, qu’on n’est pas un européen si l’on est un apatride, que, par exemple, Chateaubriand, Goethe, Byron, Tolstoï pour ne parler que des romantiques n’auraient rien valu du tout en volapük ou en espéranto, mais qu’ils sont toujours de grand écrivains de l’Europe parce que chacun d’eux s’inspira du génie de son pays. »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue à l’Hôtel Continental, 12 novembre 1953.

 


« Dante, Goethe, Chateaubriand, appartiennent à toute l’Europe dans la mesure même où ils étaient respectivement italien, allemand et français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelque « espéranto » ou « volapük » intégré… »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue au Palais de l’Elysée, 15 mai 1962.

 


« Chaque peuple est différent des autres, avec sa personnalité incomparable, inaltérable, irréductible. Si vous voulez que des nations s’unissent, ne cherchez pas à les intégrer comme on intègre des marrons dans une purée de marrons. »

« C'est en vertu de cette destination de l’Europe qu’y régnèrent les empereurs romains, que Charlemagne, Charles Quint, Napoléon, tentèrent de la rassembler, qu’Hitler prétendit lui imposer son écrasante domination. Comment, pourtant, ne pas observer qu’aucun de ces fédérateurs n’obtient des pays soumis qu’ils renoncent à être eux-mêmes ? Au contraire, l’arbitraire centralisation provoquera toujours, par chocs en retour, la virulence des nationalités. Je crois donc qu’à présent, non plus qu’à d’autres époques, l’union de l’Europe ne saurait être la fusion des peuples, mais qu’elle peut et doit résulter de leur systématique rapprochement. »

Charles de Gaulle, Mémoires d'Espoir, pages 181

 


« Pour pouvoir aboutir à des solutions valables, il faut tenir compte de la réalité. La politique n’est rien d’autre que l’art des réalités. Or, la réalité, c’est qu’actuellement, l’Europe se compose de nations. C’est à partir de ces nations qu’il faut organiser l’Europe et, s’il y a lieu, de la défendre. Au lieu d’une fusion intolérable et impraticable, pratiquons l’association. En poursuivant des chimères, on a déjà perdu des années. »

Charles de Gaulle, conférences de presse tenue à l’Hôtel Continental, 25 février 1953.

 


« Alors, il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur les réalités. Bien entendu on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « l’Europe ! », « l’Europe ! », « l’Europe ! » mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. Je répète: il faut prendre les choses comme elles sont. (…)
Alors vous en avez qui crient: « Mais l’Europe, l’Europe supranationale ! Il n’y a qu’à mettre tout cela ensemble, il n’y a qu’à fondre tout cela ensemble, les français avec les allemands, les italiens avec les anglais, etc. » Oui, vous savez, c’est commode et quelques fois c’est assez séduisant, on va sur des chimères, on va sur des mythes mais ce ne sont que des chimères et des mythes; Mais il y a les réalités, et les réalités ne se traitent pas comme cela. Les réalités se traitent à partir d’elles-mêmes. »

Charles de Gaulle, deuxième entretien radiodiffusé et télévisé avec Michel Droit, 14 décembre 1965.

 


(…) Or on sait, Dieu sait si on le sait ! Qu’il y a une conception différente au sujet d’une fédération européenne dans laquelle, suivant les rêves de ceux qui l’ont conçue, les pays perdrait leur personnalité nationale, et où, faute d’un fédérateur, tel qu’à l’Ouest tentèrent de l’être - chacun d’ailleurs à sa façon - César et ses successeurs, Charlemagne, Othon, Charles Quint, Napoléon, Hitler, et tel qu’à l’Est s’y essaya Staline, ils seraient régis par quelque aréopage technocratique, apatride et irresponsable. On sait aussi que la France oppose à ce projet contraire à toute réalité le plan d’une coopération organisée des états évoluant, sans doute, vers une confédération. Seul, il pourrait permettre un jour l’adhésion de pays tels que l’Angleterre ou l’Espagne qui, comme le nôtre, ne saurait accepter de perdre leur souveraineté. Seul, il rendrait concevable dans l’avenir l’entente de l’Europe tout entière. »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue au Palais de l’Elysée, 9 septembre 1965.

 


« Eh quoi ? Ces deux peuples se battent depuis plus de vingt siècles; l’Allemagne est sans relâche en proie à l’instinct de domination, hier encore il s’en est fallu de bien peu pour qu’elle ne tuât la France ! Rien n’est plus simple que d’arranger cela. Mélangeons cette France et cette Allemagne ! En particulier puisque la France victorieuse a une armée et que l’Allemagne vaincue n’en a pas, supprimons l’armée française ! Créons ensuite une armée apatride faite de français et d’allemands…

Charles de Gaulle, conférence de presse, novembre 1953.

 


« L’essentiel pour jouer un rôle international c’est d’exister par soi même, en soi même chez soi ».

Charles de Gaulle, 1959.

 


« Tout système qui consisterait à transmettre notre souveraineté à des aréopages internationaux serait incompatible avec les droits et les devoirs de la république. »

Charles de Gaulle, 1963.

 

Après tant de leçons, on pourrait penser que, la guerre finie, les milieux qui prétendent conduire l’opinion se montreraient moins disposés à la subordination. Il n’en n’est rien. Au contraire! Pour l’école dirigeante de chaque parti politique, l’effacement de notre pays est devenu une doctrine établie et affichée. Tandis que du côté communiste, il est de règle que Moscou a toujours raison, toutes les anciennes formations professent le « supranational », autrement dit la soumission de la France à une loi qui ne serait pas la sienne. De là, l’adhésion à « l’Europe » vue comme une construction dans laquelle des technocrates formant un « exécutif » et des parlementaires s’investissant du législatif -la grande majorité des uns et des autres étant formée d’étrangers - auraient qualité pour régler le sort du peuple français. De là, aussi, la passion pour l'organisation atlantique qui mettrait la sécurité, par conséquent la politique, de notre pays à la discrétion d'un autre. De là, encore, l'empressement à subordonner les actes de nos pouvoirs publics à l'agrément d'institutions internationales où, sous les apparences de délibérations collectives, s'exerce en toutes matières, politiques, militaires, économiques, techniques, monétaires, l'autorité suprême du protecteur et où nos représentants, sans jamais dire: "nous voulons", ne feraient que "plaider le dossier de la France". De là, enfin, l’incessante irritation provoquée dans le gent partisane par l’action que je vais mener au nom d’une nation indépendante.

Mais, en revenche, les soutiens ne me manqueront pas. Sentimentalement, j'aurai celui de notre peuple qui, sans être aucunement porté à l'outrecuidance, tient à garder sa personnalité, d'autant plus qu'il a failli la perdre et qu'il constate que, partout, les autres affirment ardemment la leur, qu'il s'agisse de souveraineté, de langue, de culture, de production, voir de sport.

Charles de Gaulle, Mémoires d'Espoir, pages 179 - 180.



Walter Hallstein est le président de la commission. Il épouse ardemment la thèse du super-état et emploie toute son habile activité à obtenir que la communauté en prenne le caractère et la figure. De Bruxelles, où il réside, il a fait comme sa capitale. Il est revêtu des aspects de la souveraineté, dirigeant ses collègues entre lesquels il répartit les attributions, disposant de plusieurs milliers de fonctionnaires qui sont nommés, affectés, promus, rétribués, en vertu de ses décisions, recevant les lettres de créance d'ambassadeurs étrangers, prétendant aux grands honneurs lors de ses visites officielles, soucieux, d'ailleurs, de faire progresser l'assemblage des six dont il croit que la force des choses fera ce qu'il imagine.

Cette divergence capitale entre la façon dont la commission de Bruxelles conçoit son rôle et le fait que mon gouvernement, tout en attendant d'elle des études et des avis, subordonne les mesures importantes à la décision des Etats, entretient un désaccord latent. Mais comme le traité spécifie qu'au cours du démarrage rien ne vaut sans l'unanimité, il suffit de tenir la main à ce qu'il soit appliqué pour qu'on ne puisse passer outre la souveraineté française. J'y veille avec soin.

La bataille est longue et dure. Nos partenaires, qui voudraient beaucoup que nous n'ayons pas changé de République, comptent en effet que, cette fois encore, nous nous laisserons aller à sacrifier notre cause à l"intégration européenne", comme cela avait eu lieu successivement pour la C.E.CA. où tous les avantages étaient, à nos frais, attribués à d'autres...


Charles de Gaulle, Mémoires d'Espoir, pages 195 - 197


De toute façon et comme c'était à prévoir, on vérifie que, pour aller à l'union de l'Europe, les états sont les seules éléments valables, que si l'intérêt national est en cause rien ni personne ne doit pouvoir leur forcer la main et qu'aucune voie ne mène nulle part sinon celle de leur coopération.

Ce qui à cet égard, est vrai dans l'ordre économique est évident dans la politique. Il n'y a là, d'ailleurs, rien qui ne soit naturel. A quelle profondeur d'illusion ou de parti pris faudrait-il plonger, en effet, pour croire que des nations européennes, forgées au long des siècles par des efforts et des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie, son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d'être elles-mêmes et n'en plus former qu'une seule ? A quelles vues sommaires répond la comparaison, souvent brandie par des naïfs, entre ce que l'Europe devrait faire et ce qu'ont fait les Etats-Unis, alors que ceux-ci furent créés, eux, à partir de rien, sur une terre toute nouvelle, par des flots successifs de colons déracinés ? Pour les six, en particulier, comment imaginer que leurs buts extérieurs leur deviennent soudain communs, alors que leur origine, leur situation, leur ambition sont très différentes ?



Charles de Gaulle, Mémoires d'Espoir, pages 200-201


« Du moment...que Vichy...acceptait d'asservir l'Etat à un Etat ennemi, il perdait toute qualité pour représenter et diriger la France, car, pour une grande nation, il n'y a pas de légitimité en dehors de l'indépendance. »

Charles de Gaulle, discours prononcé à Bordeaux le 15 mai 1947, in Discours et Messages, t. 2, p.76.

 


"La dégradation de l'Etat entraîne infailliblement l'éloignement des peuples associés, le trouble de l'armée au combat, la dislocation nationale, la perte de l'indépendance..."

Charles de Gaulle, déclaration du 15 mai 1958, in Discours et Messages, t. 3, p.3.

 


"On a préféré un truc, un organisme bizarre, l'intégration, plutôt qu'une entente entre les nations. Depuis, le Marché commun est entre le zist et le zest."

Charles de Gaulle, Palais de l'Elysée, le 30 décembre 1961.

Mercredi 24 octobre 2007
L’Afrique du Sud, en territoire Xhosa. De Guillaume Chassang, La Société des écrivains, 2007.


Après la victoire de l’Afrique du Sud au mondial de Rugby, nous vous conseillons la lecture d’un livre, préfacé par Nicolas Dupont-Aignan, qui vous plongera au cœur de ce pays trop méconnu. Les problèmes récurrents auxquels fait face ce pays touché par l’insécurité, le chômage, la corruption et d’autres fléaux y sont abordés.

Une leçon évidente est à tirer de cette lecture. Ce livre constitue même un rappel à l’ordre pour la France « L’exemple sud-africain nous montre que ni les discriminations positives ni la fédéralisation d’un Etat ne permettent de lutter contre le délitement social. Bien au contraire, elle l’exacerbe ».

« La nation doit rester une et indivisible que ce soit territorialement ou socialement. Si notre pays ne prend pas en compte la mesure du défi que cela implique, la France pourrait être plongée, un jour, dans des sentiers similaires à ceux que traversent l’Afrique du Sud ». (NDA)

Ce livre nous dévoile la véritable situation Sud-africaine mais plus qu’une analyse, il s’agit aussi d’un rappel à l’ordre pour l’Afrique du Sud, ainsi que pour la France.

Nous vous conseillons, ainsi, de vous le procurer et d’en faire sa promotion. C’est par de tels ouvrages que nous pourrons faire évoluer les mentalités.

L’information est une des meilleures armes qui soit.

L’Afrique du Sud, en territoire Xhosa
De Guillaume Chassang
Editeur : La Société des écrivains
Date Parution : Septembre 2007

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par Sébastien NANTZ publié dans : Conseil de lecture
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Lundi 2 avril 2007

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Quatrième de couverture

  

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par Sébastien NANTZ et Christophe CHASTANET publié dans : Conseil de lecture
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Lundi 15 mai 2006

Lu aujourd'hui sur le site de Libération: http://www.liberation.fr/page.php?Article=382087

Marie-France Garaud accuse le Président de trahir le gaullisme en liquidant les valeurs de la Ve République, un sentiment que nous partageons également.

En effet, Chirac a affaibli le référendum, alors qu'il a toujours prôné dès 1995 l'extension de son usage (qui a oublié sa promesse de référendum sur l'éducation jamais tenue comme tant d'autres...). De même, il a discrédité l'arme de la dissolution par son emploi contre nature et contre-performant en 1997. La cohabitation longue a officialisé un président amoindri, puis la vague bleue de 2002 a consacré un président surpuissant, flanqué d'un Premier ministre qui ne sort pas de son rôle, d'un Parlement mené à la baguette et d'un parti unique en verrou politique. Si le calendrier électoral imposé par Lionel Jospin devient une habitude, et puisque la dissolution est taboue, les députés seront toujours élus dans la foulée du président pour la même durée que lui, ce qui au final, discredite autant le Chef de l'Etat que le Parlement.

Autant de pratiques et de réformes qui ont dénaturé la Ve République.
Mais Chirac ne confiait-il pas en juillet 1999 que «la Constitution, c'est du caoutchouc» ?

A force de la triturer, il a fini par la remodeler et la défigurer !

Qui donc osera encore croire que les fossoyeurs du gaullisme ont un quelconque respect pour les institutions façonnées par De Gaulle ?

 

C. CHASTANET et S. NANTZ 

 

Voici, pour conclure, la reproduction de l'interview de Marie-France GARAUD :

«Chirac est dans la voie où Mitterrand l'a conduit»

par Pascal VIROT
QUOTIDIEN : lundi 15 mai 2006

 

Ancienne députée européenne, candidate à l'élection présidentielle de 1981, Marie-France Garaud a conseillé Georges Pompidou à l'Elysée, en tandem avec Pierre Juillet. Avec le même, elle a joué, plus officieusement, le même rôle auprès de Jacques Chirac à Matignon entre 1974 et 1976. Dans son livre la Fête des fous. Qui a tué la Ve République ?, qui paraît aujourd'hui, elle dresse un rude bilan des dégâts institutionnels commis par son ancien poulain.

 

Votre livre défend la thèse selon laquelle Jacques Chirac, héritier putatif du gaullisme, est «l'exécuteur testamentaire» de François Mitterrand, ennemi juré de la Ve République et de son fondateur, Charles de Gaulle.

Ce n'est pas une thèse, c'est un constat. Je ne crois pas que Jacques Chirac ait voulu la fin de la Ve République, mais, en se plaçant lui-même, en 1995, dans la lignée de son prédécesseur, il aurait dû comprendre qu'il contribuerait à une désagrégation, au demeurant largement engagée. C'est d'ailleurs pour cela que Mitterrand l'avait choisi pour lui succéder, goûtant la volupté de faire achever par l'héritier du gaullisme la destruction des institutions dont de Gaulle avait voulu doter la France. L'affrontement, engagé dès 1958 face au général, était, pour Mitterrand, existentiel. Don Juan avait pensé qu'en s'instituant rival du Commandeur il pouvait espérer se hisser à sa hauteur et l'emporter. Il a échoué de son vivant, mais il mit toute son intelligence et sa malice pour parvenir à ses fins post mortem. Mitterrand savait que Jacques Chirac ne s'interrogerait pas sur l'incroyable renversement dans la hiérarchie des valeurs de la Ve République qui s'était opéré sous sa présidence. Il constatait que, faisant campagne en 1995, son successeur désiré enfourchait sans vergogne, trente ans exactement après la première élection du président de la République au suffrage universel, les thèses soutenues en 1965 par Lecanuet sur l'Europe et par lui-même sur les institutions, thèses auxquelles le général s'était fermement opposé. Il en déduisait qu'une fois élu Chirac poursuivrait sur la voie où il l'avait insidieusement conduit.

 

Entre le quinquennat, la dissolution ratée et le référendum perdu, Chirac n'a-t-il pas tout cassé de la Ve ?

Il aura surtout été le dernier acteur d'un démembrement au cours duquel les principaux dirigeants politiques ont mis les institutions à leur taille. Il est tentant de faire porter la part de responsabilité la plus lourde à celui qui préside, si l'on peut dire, lors du désastre final. Mais les dommages avaient commencé depuis longtemps.

 

Les multiples cohabitations n'ont-elles pas porté les coups les plus déterminants à la Ve ?

La blessure au coeur des institutions, c'est, en effet, la cohabitation. Impensable pour le général, clairement exclue par Pompidou, elle a été envisagée par Giscard, théorisée par Balladur, et surtout utilisée par Mitterrand à une triple fin : survivre politiquement, éliminer successivement deux Premiers ministres et surtout porter un coup fatal à la prééminence présidentielle. Or, pour qu'une puissance moyenne comme la France puisse tracer sa route, il faut qu'elle soit gouvernée d'une main unique et exigeante. Seul un Président tenant sa légitimité du peuple et de lui seul peut assumer cette tâche, le corollaire étant évidemment qu'il y doit renoncer lorsque l'adhésion du pays lui fait clairement défaut. On a pu dire de la Ve qu'elle était une monarchie tempérée par le régicide. Brutale, la formule est assez juste. La Ve associait en couple dans son principe, le pouvoir du Président et celui des citoyens. Le Président pouvait alors demander au pays les efforts nécessaires, mais les Français pouvaient, de leur côté, mettre un terme à ce magistère. Les événements survenus depuis plusieurs années soulignent que l'on est loin de ces exigeants principes.

 

Chirac aurait donc dû démissionner après le référendum de 2005 ?

C'était à lui d'en décider, selon qu'il s'estimait ou non en mesure d'assumer le vote des Français et de l'exploiter dans l'intérêt de la France.

 

Des événements récents comme le 21 avril 2002, le référendum sur la Constitution européenne, la crise des banlieues, le CPE, l'affaire Clearstream aujourd'hui, ne portent-ils pas des coups fatals aux institutions ?

L'élection de 2002, certainement, oui, puisque, pour la première fois, l'élection présidentielle n'a pas légitimé le président élu. Je ne pense pas que les adversaires de la Ve l'aient fait exprès, mais le résultat est là. L'élection présidentielle avait été instaurée pour donner une tête à l'Etat, or il n'y avait plus de tête et il n'y aurait bientôt plus d'Etat. Chirac l'a senti d'instinct, fixant des «chantiers prioritaires» respectables mais dont la gestion le ramène au rôle de ministre La présidence de la République a changé de nature, et les événements dont nous sommes actuellement les témoins effarés ne sont que les signes d'une criante dégradation du pouvoir, des institutions et de la morale... et des querelles partisanes.

 

L'actuelle Constitution est-elle encore adaptée, près d'un demi-siècle après son adoption ?

Ce sont les hommes qui sont actuellement hors d'état d'en assumer le fonctionnement.

 

Ce diagnostic ne vous conduit-il pas naturellement à prescrire une VIe République ?

Non. C'est une illusion, commode de penser qu'en changeant les institutions on changera la réalité du gouvernement de la France. On ne palliera pas la faiblesse des hommes en modifiant les institutions, on cherche ainsi seulement à la dissimuler en diluant les responsabilités.

 

Votre la Fête des fous. Qui sont ces fous ?

Ils dansent sous nos yeux, mais s'aperçoivent-ils qu'ils sont  nus ?

par Sébastien NANTZ et Christophe CHASTANET publié dans : Conseil de lecture
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