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DE GAULLE ET L'EUROPE

« Pour organiser l’ Europe, qu’on la prenne donc comme elle est, c’est à dire comme un ensemble formé de peuples très distincts dont chacun a, bien à lui, son corps, son âme, son génie et, par suite, doit avoir ses forces. Renvoyons aux géomètres les plans étranges qui prétendent mêler, à l’intérieur des mêmes unités, les contingents de pays divers pour fabriquer l’armée apatride. Où donc les soldats de cette Babel militaire iraient-ils puiser leur vertu ? Si, pour une coalition, il est nécessaire d’instituer entre Etats, par délégation de tous système unique aux échelons supérieurs du commandement, le principe qui domine tout c’est qu’une armée se bat avant tout pour son pays, sous l’autorité de son gouvernement et sous les ordres de ses chefs. Aucune, je dis aucune, de celle que doit fournir l’Europe ne saurait être ni bâtie, ni employée, autrement ».

Charles de Gaulle, discours prononcé à Nîmes, 7 janvier 1951.

 


« Y a-t-il une France, une Allemagne, une Italie, une Hollande, une Belgique, un Luxembourg, qui soient prêts à faire, sur une question importante pour eux au point de vue national et au point de vue international, ce qui leur paraîtrait mauvais parce que cela leur serait recommandé par d’autres ? Est-ce que le peuple français, le peuple allemand, le peuple italien, le peuple hollandais, le peuple belge, le peuple luxembourgeois, songeraient à se soumettre à des lois que voteraient des députés étrangers, dès lors que ces lois iraient à l’encontre de leur volonté profonde ? Ce n’est pas vrai ! Il n’y a pas moyen, à l’heure qu’il est, de faire en sorte qu’une majorité étrangère puisse contraindre des nations récalcitrantes. Il est vrai que, dans cette Europe «intégrée» comme on dit, il n’y aurait peut-être pas de politique du tout. Cela simplifierait beaucoup les choses. En effet, dès lors qu’il n’y aurait pas de France, pas d’Europe, qu’il n’y aurait pas de politique faute qu’on puisse en imposer une à chacun des six états, on s’abstiendrait d’en faire… »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue au palais de l’Elysée, le 15 mai 1962.

 


« Pas d’ union européenne, disaient-ils, sinon par une intégration à direction supranationale ! Pas d’union européenne, si l’Angleterre n’en fait pas partie ! Pas d’union européenne, sauf à incorporer dans une communauté atlantique ! » Pourtant, il est clair qu’aucun des peuples n’admettrait de confier son destin à un aréopage principalement composé d’étrangers. De toute façon, c’est vrai pour la France. Il est clair également, que l’Angleterre, grande nation et grand état, l’accepterait moins que quiconque. Il est clair enfin, que, fondre dans une politique multilatérale atlantique le position de l’Europe, ce serait en sorte qu’elle-même n’en ait aucune et, dès lors, on ne voit pas pourquoi elle en viendrait à se confédérer. »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue au palais de l’Elysée, 31 janvier 1964.

 


« On peut faire des discours sur l’Europe supranationale. Ce n’est pas difficile: il est facile d’être un jean-foutre »

Charles de Gaulle Réception à l’Elysée, 10 juin 1965

 


« La France savait aussi bien que quiconque, en tout cas beaucoup mieux que ceux qui ne sont pas européens, qu’il ne peut y avoir d’Europe qu’en vertu des ses nations, que, de par la nature et l’histoire, notre continent est tel que la fusion n’y est que confusion, à moins qu’elle ne soit l’oppression, qu’on n’est pas un européen si l’on est un apatride, que, par exemple, Chateaubriand, Goethe, Byron, Tolstoï pour ne parler que des romantiques n’auraient rien valu du tout en volapük ou en espéranto, mais qu’ils sont toujours de grand écrivains de l’Europe parce que chacun d’eux s’inspira du génie de son pays. »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue à l’Hôtel Continental, 12 novembre 1953.

 


« Dante, Goethe, Chateaubriand, appartiennent à toute l’Europe dans la mesure même où ils étaient respectivement italien, allemand et français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelque « espéranto » ou « volapük » intégré… »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue au Palais de l’Elysée, 15 mai 1962.

 


« Chaque peuple est différent des autres, avec sa personnalité incomparable, inaltérable, irréductible. Si vous voulez que des nations s’unissent, ne cherchez pas à les intégrer comme on intègre des marrons dans une purée de marrons. »

« C'est en vertu de cette destination de l’Europe qu’y régnèrent les empereurs romains, que Charlemagne, Charles Quint, Napoléon, tentèrent de la rassembler, qu’Hitler prétendit lui imposer son écrasante domination. Comment, pourtant, ne pas observer qu’aucun de ces fédérateurs n’obtient des pays soumis qu’ils renoncent à être eux-mêmes ? Au contraire, l’arbitraire centralisation provoquera toujours, par chocs en retour, la virulence des nationalités. Je crois donc qu’à présent, non plus qu’à d’autres époques, l’union de l’Europe ne saurait être la fusion des peuples, mais qu’elle peut et doit résulter de leur systématique rapprochement. »

Charles de Gaulle, Mémoires d'Espoir, pages 181

 


« Pour pouvoir aboutir à des solutions valables, il faut tenir compte de la réalité. La politique n’est rien d’autre que l’art des réalités. Or, la réalité, c’est qu’actuellement, l’Europe se compose de nations. C’est à partir de ces nations qu’il faut organiser l’Europe et, s’il y a lieu, de la défendre. Au lieu d’une fusion intolérable et impraticable, pratiquons l’association. En poursuivant des chimères, on a déjà perdu des années. »

Charles de Gaulle, conférences de presse tenue à l’Hôtel Continental, 25 février 1953.

 


« Alors, il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur les réalités. Bien entendu on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « l’Europe ! », « l’Europe ! », « l’Europe ! » mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. Je répète: il faut prendre les choses comme elles sont. (…)
Alors vous en avez qui crient: « Mais l’Europe, l’Europe supranationale ! Il n’y a qu’à mettre tout cela ensemble, il n’y a qu’à fondre tout cela ensemble, les français avec les allemands, les italiens avec les anglais, etc. » Oui, vous savez, c’est commode et quelques fois c’est assez séduisant, on va sur des chimères, on va sur des mythes mais ce ne sont que des chimères et des mythes; Mais il y a les réalités, et les réalités ne se traitent pas comme cela. Les réalités se traitent à partir d’elles-mêmes. »

Charles de Gaulle, deuxième entretien radiodiffusé et télévisé avec Michel Droit, 14 décembre 1965.

 


(…) Or on sait, Dieu sait si on le sait ! Qu’il y a une conception différente au sujet d’une fédération européenne dans laquelle, suivant les rêves de ceux qui l’ont conçue, les pays perdrait leur personnalité nationale, et où, faute d’un fédérateur, tel qu’à l’Ouest tentèrent de l’être - chacun d’ailleurs à sa façon - César et ses successeurs, Charlemagne, Othon, Charles Quint, Napoléon, Hitler, et tel qu’à l’Est s’y essaya Staline, ils seraient régis par quelque aréopage technocratique, apatride et irresponsable. On sait aussi que la France oppose à ce projet contraire à toute réalité le plan d’une coopération organisée des états évoluant, sans doute, vers une confédération. Seul, il pourrait permettre un jour l’adhésion de pays tels que l’Angleterre ou l’Espagne qui, comme le nôtre, ne saurait accepter de perdre leur souveraineté. Seul, il rendrait concevable dans l’avenir l’entente de l’Europe tout entière. »

Charles de Gaulle, conférence de presse tenue au Palais de l’Elysée, 9 septembre 1965.

 


« Eh quoi ? Ces deux peuples se battent depuis plus de vingt siècles; l’Allemagne est sans relâche en proie à l’instinct de domination, hier encore il s’en est fallu de bien peu pour qu’elle ne tuât la France ! Rien n’est plus simple que d’arranger cela. Mélangeons cette France et cette Allemagne ! En particulier puisque la France victorieuse a une armée et que l’Allemagne vaincue n’en a pas, supprimons l’armée française ! Créons ensuite une armée apatride faite de français et d’allemands…

Charles de Gaulle, conférence de presse, novembre 1953.

 


« L’essentiel pour jouer un rôle international c’est d’exister par soi même, en soi même chez soi ».

Charles de Gaulle, 1959.

 


« Tout système qui consisterait à transmettre notre souveraineté à des aréopages internationaux serait incompatible avec les droits et les devoirs de la république. »

Charles de Gaulle, 1963.

 

Après tant de leçons, on pourrait penser que, la guerre finie, les milieux qui prétendent conduire l’opinion se montreraient moins disposés à la subordination. Il n’en n’est rien. Au contraire! Pour l’école dirigeante de chaque parti politique, l’effacement de notre pays est devenu une doctrine établie et affichée. Tandis que du côté communiste, il est de règle que Moscou a toujours raison, toutes les anciennes formations professent le « supranational », autrement dit la soumission de la France à une loi qui ne serait pas la sienne. De là, l’adhésion à « l’Europe » vue comme une construction dans laquelle des technocrates formant un « exécutif » et des parlementaires s’investissant du législatif -la grande majorité des uns et des autres étant formée d’étrangers - auraient qualité pour régler le sort du peuple français. De là, aussi, la passion pour l'organisation atlantique qui mettrait la sécurité, par conséquent la politique, de notre pays à la discrétion d'un autre. De là, encore, l'empressement à subordonner les actes de nos pouvoirs publics à l'agrément d'institutions internationales où, sous les apparences de délibérations collectives, s'exerce en toutes matières, politiques, militaires, économiques, techniques, monétaires, l'autorité suprême du protecteur et où nos représentants, sans jamais dire: "nous voulons", ne feraient que "plaider le dossier de la France". De là, enfin, l’incessante irritation provoquée dans le gent partisane par l’action que je vais mener au nom d’une nation indépendante.

Mais, en revenche, les soutiens ne me manqueront pas. Sentimentalement, j'aurai celui de notre peuple qui, sans être aucunement porté à l'outrecuidance, tient à garder sa personnalité, d'autant plus qu'il a failli la perdre et qu'il constate que, partout, les autres affirment ardemment la leur, qu'il s'agisse de souveraineté, de langue, de culture, de production, voir de sport.

Charles de Gaulle, Mémoires d'Espoir, pages 179 - 180.



Walter Hallstein est le président de la commission. Il épouse ardemment la thèse du super-état et emploie toute son habile activité à obtenir que la communauté en prenne le caractère et la figure. De Bruxelles, où il réside, il a fait comme sa capitale. Il est revêtu des aspects de la souveraineté, dirigeant ses collègues entre lesquels il répartit les attributions, disposant de plusieurs milliers de fonctionnaires qui sont nommés, affectés, promus, rétribués, en vertu de ses décisions, recevant les lettres de créance d'ambassadeurs étrangers, prétendant aux grands honneurs lors de ses visites officielles, soucieux, d'ailleurs, de faire progresser l'assemblage des six dont il croit que la force des choses fera ce qu'il imagine.

Cette divergence capitale entre la façon dont la commission de Bruxelles conçoit son rôle et le fait que mon gouvernement, tout en attendant d'elle des études et des avis, subordonne les mesures importantes à la décision des Etats, entretient un désaccord latent. Mais comme le traité spécifie qu'au cours du démarrage rien ne vaut sans l'unanimité, il suffit de tenir la main à ce qu'il soit appliqué pour qu'on ne puisse passer outre la souveraineté française. J'y veille avec soin.

La bataille est longue et dure. Nos partenaires, qui voudraient beaucoup que nous n'ayons pas changé de République, comptent en effet que, cette fois encore, nous nous laisserons aller à sacrifier notre cause à l"intégration européenne", comme cela avait eu lieu successivement pour la C.E.CA. où tous les avantages étaient, à nos frais, attribués à d'autres...


Charles de Gaulle, Mémoires d'Espoir, pages 195 - 197


De toute façon et comme c'était à prévoir, on vérifie que, pour aller à l'union de l'Europe, les états sont les seules éléments valables, que si l'intérêt national est en cause rien ni personne ne doit pouvoir leur forcer la main et qu'aucune voie ne mène nulle part sinon celle de leur coopération.

Ce qui à cet égard, est vrai dans l'ordre économique est évident dans la politique. Il n'y a là, d'ailleurs, rien qui ne soit naturel. A quelle profondeur d'illusion ou de parti pris faudrait-il plonger, en effet, pour croire que des nations européennes, forgées au long des siècles par des efforts et des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie, son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d'être elles-mêmes et n'en plus former qu'une seule ? A quelles vues sommaires répond la comparaison, souvent brandie par des naïfs, entre ce que l'Europe devrait faire et ce qu'ont fait les Etats-Unis, alors que ceux-ci furent créés, eux, à partir de rien, sur une terre toute nouvelle, par des flots successifs de colons déracinés ? Pour les six, en particulier, comment imaginer que leurs buts extérieurs leur deviennent soudain communs, alors que leur origine, leur situation, leur ambition sont très différentes ?



Charles de Gaulle, Mémoires d'Espoir, pages 200-201


« Du moment...que Vichy...acceptait d'asservir l'Etat à un Etat ennemi, il perdait toute qualité pour représenter et diriger la France, car, pour une grande nation, il n'y a pas de légitimité en dehors de l'indépendance. »

Charles de Gaulle, discours prononcé à Bordeaux le 15 mai 1947, in Discours et Messages, t. 2, p.76.

 


"La dégradation de l'Etat entraîne infailliblement l'éloignement des peuples associés, le trouble de l'armée au combat, la dislocation nationale, la perte de l'indépendance..."

Charles de Gaulle, déclaration du 15 mai 1958, in Discours et Messages, t. 3, p.3.

 


"On a préféré un truc, un organisme bizarre, l'intégration, plutôt qu'une entente entre les nations. Depuis, le Marché commun est entre le zist et le zest."

Charles de Gaulle, Palais de l'Elysée, le 30 décembre 1961.

Samedi 23 septembre 2006

Interview de Louis Vallon 5-11-1969 suite à la publication de son livre "l'anti-de Gaulle".

Louis Vallon: L'anti-de gaulle c'est quiconque a des réflexes différentes de De Gaulle et par conséquent veut une politique différente de la sienne, ce n'est pas du tout l'équivalent d'anti-gaulliste.

Pierre Dumayet: Qui est la personne désignée ?

Louis Vallon: C'est une personne, vous devinez qui, ce n'est pas la peine de vous le dire. C'est Georges Pompidou qui a des réflexes très différentes du général, ce qui a probablement servit le général, et qui maintenant me paraît donner un tour à la politique française assez différent et surtout à mon avis, pendant une certaine période transitoire, a pris des initiatives dont certains me paraissent condamnables.

 

Par cette interview, Louis Vallon nous explique à sa façon qu'on ne peut se revendiquer de l'héritage du général De Gaulle si on opte pour une politique différente de celle qu'il a mené.

Il nous explique, donc de ce fait, que le gaullisme n'est pas qu'un terme vide de sens qui peut être interprêté n'importe comment et par n'importe qui. Le gaullisme repose bien sur les convictions et sur la politique opérée par le général De Gaulle, n'en déplaise à certains.

 


Sur quoi repose cette politique ?

De Gaulle avait clairement exprimé en quoi elle reposait

-Défense de l'indépendance nationale de la France
-Construction européenne reposant sur la réconciliation avec l'Allemagne et sur la coopération volontaire des nations européennes et non sur l'intégration supranationale.
-Politique européenne indépendante des USA et de l'URSS.
-Séparation des pouvoirs et pouvoir exécutif fort, président au dessus des partis élu pour 7 ans au suffrage universel (afin d'étendre son mandat sur 2 législatures).
-Liens entre le président de la République et le peuple notamment par l'intermédiaire du référendum.
-Refus du clivage gauche-droite et rassemblement du peuple français au delà des clivages politiques et de l'esprit partisan.
-Refus des dogmes politiques reposant sur une 3ème voie entre le libéralisme et le socialisme marxiste, entre le capitalisme et le collectivisme.
-Politique menant vers le progrès économique comme social.
-Mise en place de la macro et micro participation.
-Primauté du politique sur l'économique, le financier, l'administratif, etc.
-Solidarité nationale entre les citoyens et entre les territoires (sécurité sociale, services publics, péréquation, etc.)
-Droit des peuples à disposer d'eux même.

 

Sur quoi reposait la politique de Pompidou ?

-Politique internationale pro-atlantiste et entré de la Grande Bretagne au sein de l'union européenne.
-Discours portant sur la mise en place d'une monnaie européenne.
-Volonté d'instaurer le quinquenat (tentative échoué)
-Création de l'appellation "majorité présidentielle" transformant, d'après le terme, le Président de la République en chef de la majorité (contrairement au général qui se voulait au dessus des partis). Ce qui amena à la transformation des mentalités partisanes que l'on connait actuellement et à la bipolarisation gauche-droite.
-Réticense déclarée envers le recourt au référendum (en 1972, il en fit certes un, mais peu concluant et qui paraît avoir relevé davantage d'une manœuvre tactique pour tenter de diviser la Gauche que d'une inspiration vraiment gaullienne).
-Politique économique à tendance libérale.
-Conservatisme social notamment par le refus de la participation gaullienne et de la nouvelle société prônée par Chaban Delmas
-Politique immigrationniste dans le but unique d'une baisse des salaires en France.

 

Voila toute la différence entre le gaullisme et cette dérive droitière qu'on appelle néogaullisme et qui devrait plutôt s'appeler carrément Pompidolisme.


Les critiques de Louis Vallon envers la majorité Pompidolienne lui vallut, selon la logique partisane nouvellement instaurée, d'être exclu de l'UDR.

par Sébastien NANTZ publié dans : Histoire
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Jeudi 15 juin 2006

1969, POMPIDOU est élu Président de la République...

C'est ce moment crucial dans l'histoire du gaullisme que raconte Henri MARQUE dans un article, daté du 11 juin 2006, sur www.jeuneafrique.com, le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique...

Plutôt bien écrit et assez complet, cette chronique d'Henri MARQUE brosse le tableau de notre famille politique en ces jours de 1969 où DE GAULLE a quitté le pouvoir et laissé Georges POMPIDOU affronter l'élection présidentielle non sans lui avoir écrit le 30 avril : "Vous êtes certainement fondé à croire que j'approuve votre candidature. Je l'approuve en effet".

Retour sur des instants passionnants...

C. CHASTANET

 

Élection de Georges Pompidou

FRANCE - 11 juin 2006 - par HENRI MARQUE

 

 

 

 

 

Elu président de République à 54 ans, le 15 juin 1969, par 58,2 % des voix, contre 41,8 % à Alain Poher, Georges Pompidou avait anticipé l’événement par une lapalissade d’un humour typiquement normalien : « Pour succéder au général de Gaulle, il faut que deux conditions soient réunies : qu’il ait quitté la présidence ; et être élu. »

L’échec du référendum du 27 avril avait réalisé la première condition. La seconde n’était pas acquise.

Candidat rassembleur des forces du centre, Poher était un adversaire plus redoutable que sa rondeur débonnaire le faisait paraître. L’autre normalien de l’équipe gaulliste, Alain Peyrefitte, ne s’y était pas trompé en lui décrochant d’emblée une de ces méchancetés empoisonnées dont il avait à la fois la charge et le secret : « Poher, c’est la contraction de pauvre hère. » En attendant, le pauvre hère avait l’avantage de la situation. Chargé, en tant que président du Sénat, de l’intérim de la présidence de la République , il n’avait pas à conquérir l’Élysée, il était dans la place. Il en exploitait efficacement le prestige et les facilités, parcourant la France pour ratisser large au nom de « l’union et la conciliation », espérant bien ramasser les voix de la gauche, massacrée aux législatives d’après Mai 1968. Une gauche on ne peut plus mal défendue par le couple insolite Defferre-Mendès France où le représentant de la vieille garde molletiste et l’intransigeant prosélyte « de la France moderne » allaient se trucider dans une neutralisation réciproque.

 

 

 

 

 

Après l’échec du référendum, la logique et l’arithmétique semblaient désigner Poher. La psychologie allait en décider autrement. Les enquêtes d’opinion laissaient deviner que les Français, pas très fiers d’avoir réexpédié le Général à Colombey, se sentaient soulagés de voter pour son ancien bras droit. De Gaulle, après dix ans d’exercice du pouvoir, c’était bien fini. Mais le gaullisme pouvait survivre. Le choix n’était plus entre lui et le chaos. En assurant la continuité du pouvoir, c’est Pompidou désormais qui rassurait les Français traumatisés par la « révolution » de mai. On lui était reconnaissant d’avoir tenu seul le pouvoir à Matignon tandis que le chef de l’État disparaissait à Baden-Baden. Il avait liquidé les dernières séquelles de « chienlit » en négociant les accords de Grenelle, en remettant la France au travail, et surtout en ramenant l’essence dans les stations-service. Les Français allaient enfin pouvoir repartir en week-end et en vacances.

 

 

 

 

 

Reste la question jamais élucidée : Pompidou a-t-il « tué le père », délibérément ou non, en se déclarant par deux fois prêt à lui succéder ? D’abord à Rome, avec sa célèbre petite phrase du 17 janvier 1969, lâchée dans un propos de cocktail sans préméditation apparente : « Si de Gaulle venait un jour à se retirer, je me porterais candidat à sa succession. » Puis à Genève le 13 février, où « par devoir » cette fois-ci, il s’était estimé tenu de clarifier officiellement la situation : « J’ai un passé politique. J’aurai peut-être un jour, si Dieu le veut, un destin national. »

 

 

 

 

 

Il est certain que le Général a été personnellement meurtri, et politiquement affaibli, par ces annonces prématurées qui semblaient lui signifier la fin de son pouvoir. Sans aller jusqu’à l’accuser du « coup de poignard dans le dos » dénoncé par le cercle ulcéré de ses fidèles, il a sévèrement déploré « cette gaffe ridicule et grave, pas tellement pour moi, mais qui peut quand même faire un peu de tort ». Il reste des traces de cette amertume dans le message qu’il lui envoie d’Irlande, le 31 avril, pour approuver sa candidature : « Sans doute eût-il mieux valu que vous ne l’ayez pas annoncée plusieurs semaines à l’avance, ce qui a fait perdre certaines voix au oui, vous en fera perdre quelques-unes à vous-même, et surtout pourra vous gêner dans votre personnage si vous êtes élu. »

Mais en apprenant le résultat de l’élection, de Gaulle, qui ne boit jamais de champagne, en fera monter une bouteille dans sa chambre d’hôtel. Quant à Pompidou, loin d’être atteint dans son personnage, il laissera le souvenir d’une présidence heureuse marquée par cinq années d’embellie économique et sociale et d’innovations culturelles. Et par cette exception inouïe dans la société la plus difficile à contenter : pour la première (et dernière) fois, plus des trois quarts des Français interrogés par les sondages avouent leur bonheur.

par Christophe CHASTANET publié dans : Histoire
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Samedi 20 mai 2006

1) Les gaullistes (ou gaullistes orthodoxes)

Les gaullistes orthodoxes défendent les idéaux du général De Gaulle c'est à dire, l'indépendance nationale, les institutions et les valeurs exprimées par la Vème république (refus de la cohabitation, pouvoir exécutif fort, refus du parlementarisme, président au dessus des partis), la participation intégrale des salariés dans la vie de l'entreprise, la participation des citoyens aux grands desseins de la nation (référendums fréquents, élection du président au suffrage universel) et bien évidemment l'ordre républicain, moral et familial.

Les différents gaullismes existant se différencient essentiellement sur les questions économiques et sociales. C'est ainsi que même dans le gaullisme orthodoxe, nous trouvons deux tendances pourtant assez proches au point que personne ne les différencie vraiment et pourtant, historiquement, elles existent.

- Le gaullisme de gauche basé économiquement sur le socialisme. Les gaullistes de gauche sont historiquement issus des partis comme l'UDSR (Union Démocratique et Socialiste de la Résistance) voir même de la SFIO et du PC pour certains.

- Le gaullisme social (gaullisme de centre), basé sur le christianisme social ou la social-démocratie ainsi qu'une petite fraction social-libérale (Michel Debré) que l'on peut associer également à cette tendance.

Les gaullistes sociaux sont historiquement issus du MRP (surtout de son aile gauche) et du Parti Radical Comme Jacques Chaban-Delmas ou Michel Debré.
Le gaullisme social est sans doute la branche la plus proche des origines politiques du général De Gaulle, qui rappelons le, était issu de la démocratie chrétienne avant la guerre.


PS : Si le gaullisme et la démocratie chrétienne convergent dans le domaine économique et social ceux si divergent sur les questions européennes et institutionnelles.

Le gaullisme étant souverainiste et favorable à un pouvoir exécutif fort, la démocratie chrétienne favorable à une europe fédérale et au parlementarisme. Ce sont sur ces questions principalement que De Gaulle renia (si on peut dire) le MRP et fonda le RPF.



2) Les néo-gaullistes (gaullistes de droite)

Les néo-gaullistes souhaitent le maintient presque intégralement de l'orthodoxie gaulliste dans les domaines fondamentaux de la politique institutionnelle et des grandes orientations de la politique extérieure et européennes mais en matière économique, le néo-gaullisme diffère du gaullisme par son souci de la liberté d'entreprise et du désengagement de l'État dans l'économie. Ils sont historiquement issus du CNI (Centre National des Indépendants et Paysans) ou du  PRL (Parti Républicain de la Liberté).

Parmi le néo-gaullisme, il existe également 2 branches.

Une branche libérale qui souhaite laisser l'économie de marché se réguler par elle même et une branche conservatrice qui, tout en voulant le désengagement de l'Etat dans certains secteurs, continue d'intervenir dans d'autres domaines et surtout quand cela s'avère nécessère. Si ces conservateurs interviennent encore dans l'économie du pays, leur politique sociale est, elle, loin des mêmes inspirations que les gaullistes orthodoxes, qui quant à eux, souhaitent également placer l'homme au coeur des sujets .

Les néo-gaullistes n'acceptent que l'intéressement salarial et refusent la participation des salariés à la vie de leurs entreprises, système qu'ils considérent même comme l'instauration du bolchévisme dans le monde du travail.

Malheureusement pour eux les néo-gaullistes sont souvent mélangés avec le nom de personnes qui font, en fait, partie d'une troisième catégorie "Les faux gaullistes" !



3) Les faux gaullistes

-Tout en étant libéraux ou conservateurs, en étant partisans de l'Europe fédérale, en étant même atlantistes et communautaristes pour certains, en acceptant la cohabitation, en instaurant le quinquennat, en refusant de démissionner après un référendum négatif, en privatisant tout ce que l'Etat possède, en défendant les intérêts de leur parti avant ceux de la France et en détruisant les oeuvres politiques et sociales du général, certaines personnes ont tout de même le culot, surtout par manoeuvres pûrement électoralistes, de se réclamer du gaullisme.

-Attention certains anciens gaullistes de gauche ou sociaux, tel que Philippe Descharte, usent toujours de ce terme alors qu'hormis la participation, ils ont trahi tout ce qui pouvait faire d'eux des gaullistes. Ils soutiennent même la politique de Jacques Chirac, ce sont ce que j'ai appelé "les chiraquiens de gauche" !

Cette quatégorie est appelée par mes soins comme celle des usurpateurs.

-Lorsque vous demandez à ces personnes ce qu'est le gaullisme, ceux ci vous retorquent des phrases du genre "c'est le refus de la fatalité". A ce titre Arlette Laguiller peut sans doute,également, se réclamer du gaullisme !


-Depuis quelques temps, nous voyons émerger une autre catégorie de faux gaullistes. En fait ces personnalités ne se revendiquent pas personnellement du gaullisme, pour la simple et bonne raison qu'ils ont toujours combattu De Gaulle, mais leurs sympathisants n'hésitent plus, eux, à les déclarer comme les héritiers du général pour la seule et unique raison que ceux ci défendent la souveraineté nationale de la France. Comme si le gaullisme n'était basé que sur ça !

par Sébastien NANTZ et Christophe CHASTANET publié dans : Histoire
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Vendredi 19 mai 2006

Pompidou était il finalement gaulliste ? En étudiant bien le cas on peut éventuellement se poser la question. Il est vrai que la politique de Pompidou était finalement assez différente de celle du général.

Pompidou a accepté l'entrée de l'Angleterre ce que de Gaulle avait toujours refusé, il a également été le premier à mentionner une monnaie européenne. Il fut aussi le premier à défendre l'idée du quinquennat dans nos institutions.

Sa politique était plutôt interventionniste soit mais surtout très conservatrice raison pour laquelle il avait refusé à la fois la participation que défendait le général et la nouvelle société que prônait Chaban-Delmas.

N'oublions pas également cette politique souhaitée par Pompidou de faire venir des immigrés dans le seul but de diminuer les salaires en France.

On ne parle, alors, plus de gaullisme mais de néo-gaullisme.

Mais, si le Pompidolisme peut encore être considéré en réalité comme une dérive droitière du gaullisme, les nouveaux renoncements aux valeurs gaullistes (Europe supranationale, cohabitation etc...) fait par les successeurs de Pompidou, depuis plus de 20 ans, ont achevé l'oeuvre. Aujourd'hui nous pouvons désormais parler à l'UMP d'un néo-pompidolisme plus mais certainement plus de "néo-gaullisme" qui lui reste attaché aux valeurs orthodoxes du gaullisme concernant la souveraineté de la France et les institutions de la Vème République.

par Sébastien NANTZ et Christophe CHASTANET publié dans : Histoire
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Mercredi 10 mai 2006

Avril 1974... le président Pompidou vient de mourir, les gaullistes viennent de perdre l'héritier du général et se cherchent dans la précipitation un successeur.

Un homme s'impose naturellement par son talent, son expérience et l'estime que lui portaient les Français: Jacques Chaban-Delmas, ancien premier ministre du président défunt, ardent et passionné défenseur du gaullisme.

Et pourtant, en pleine campagne présidentielle, alors que contrairement aux pronostics initiaux des commentateurs, Valéry Giscard d'Estaing est au coude à coude avec Jacques Chaban Delmas dans les intentions de vote, 43 députés UDR, emmenés par Jacques Chirac, jeune loup en devenir, annoncent leur ralliement à Giscard d’Estaing contre Chaban-Delmas, le candidat de leur parti.

Cet appel a de fait tué la candidature Chaban-Delmas qui n’a pu atteindre le second tour...

Cet appel, véritable trahison, est l'acte fondateur d'une longue carrière au plus haut sommet de l'Etat et résume à lui seul l'ambition démesurée d'un homme ainsi que sa trajectoire personnelle au mépris des idées qu'il était censé représenter.

Catherine Nay, brillante journaliste, a fort bien expliqué pourquoi Chirac a torpillé la candidature de Chaban-Delmas avec l' «appel des 43» : «La défense des grands principes du gaullisme ne tient guère de place dans leur raisonnement. [...] Une stratégie est toujours au service d'une ambition. Celle de M. Chirac est de prendre la tête d'un mouvement néo-UDR, d'ores et déjà prêt à conclure un pacte avec M. Giscard d'Estaing.» Plus tard, elle résumera son rôle à la tête du gouvernement: «Désormais, M. Giscard d'Estaing s'occupera de tout. Plutôt que Premier ministre, M. Chirac apparaît comme le premier des ministres.»

Jean Charbonnel, député-maire UDR de Brive et jadis signataire du " serment de Solignac", en visionnaire, n'avait-il pas alors affirmé :

"La formation du gouvernement Chirac ne peut être considéré par l'ensemble des dirigeants et des militants gaullistes que comme une provocation...Vichy rejoint l'OAS, la droite a retrouvé ses enfants perdus."

Une fois premier ministre, Jacques Chirac, dévoué et fidèle valet de Giscard d'Estaing consacra l'essentiel de son temps à liquider, pour le compte du chef de l'Etat, les barons du gaullisme qui désiraient conserver à l'UDR le rôle qui avait été le sien jusque là.

Consciencieusement, il les condamna à la mort politique, les soumettant, dans le meilleur des cas, au rang de potiches ou de fantômes autorisés à faire de brèves apparitions, drapés dans leur linceul immaculé, lors des cérémonies organisées en son honneur.

Franz Olivier Gisbert, dans son dernier livre sur Jacques Chirac, pouvant conclure cette chronique en notant opportunément que Chirac a éliminé ses amis politiques comme l'a fait Agatha Christie dans son célèbre roman des "Dix petits negres"...

Avril 1974... Chaban Delmas, le premier d'une trop longue liste...

Christophe CHASTANET

Initiative Gaulliste

 

 

 

 

 

 

par Christophe Chastanet publié dans : Histoire
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