Élection de Georges Pompidou

Publié le par Christophe CHASTANET

1969, POMPIDOU est élu Président de la République...

C'est ce moment crucial dans l'histoire du gaullisme que raconte Henri MARQUE dans un article, daté du 11 juin 2006, sur www.jeuneafrique.com, le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique...

Plutôt bien écrit et assez complet, cette chronique d'Henri MARQUE brosse le tableau de notre famille politique en ces jours de 1969 où DE GAULLE a quitté le pouvoir et laissé Georges POMPIDOU affronter l'élection présidentielle non sans lui avoir écrit le 30 avril : "Vous êtes certainement fondé à croire que j'approuve votre candidature. Je l'approuve en effet".

Retour sur des instants passionnants...

C. CHASTANET

 

Élection de Georges Pompidou

FRANCE - 11 juin 2006 - par HENRI MARQUE

 

 

 

 

 

Elu président de République à 54 ans, le 15 juin 1969, par 58,2 % des voix, contre 41,8 % à Alain Poher, Georges Pompidou avait anticipé l’événement par une lapalissade d’un humour typiquement normalien : « Pour succéder au général de Gaulle, il faut que deux conditions soient réunies : qu’il ait quitté la présidence ; et être élu. »

L’échec du référendum du 27 avril avait réalisé la première condition. La seconde n’était pas acquise.

Candidat rassembleur des forces du centre, Poher était un adversaire plus redoutable que sa rondeur débonnaire le faisait paraître. L’autre normalien de l’équipe gaulliste, Alain Peyrefitte, ne s’y était pas trompé en lui décrochant d’emblée une de ces méchancetés empoisonnées dont il avait à la fois la charge et le secret : « Poher, c’est la contraction de pauvre hère. » En attendant, le pauvre hère avait l’avantage de la situation. Chargé, en tant que président du Sénat, de l’intérim de la présidence de la République , il n’avait pas à conquérir l’Élysée, il était dans la place. Il en exploitait efficacement le prestige et les facilités, parcourant la France pour ratisser large au nom de « l’union et la conciliation », espérant bien ramasser les voix de la gauche, massacrée aux législatives d’après Mai 1968. Une gauche on ne peut plus mal défendue par le couple insolite Defferre-Mendès France où le représentant de la vieille garde molletiste et l’intransigeant prosélyte « de la France moderne » allaient se trucider dans une neutralisation réciproque.

 

 

 

 

 

Après l’échec du référendum, la logique et l’arithmétique semblaient désigner Poher. La psychologie allait en décider autrement. Les enquêtes d’opinion laissaient deviner que les Français, pas très fiers d’avoir réexpédié le Général à Colombey, se sentaient soulagés de voter pour son ancien bras droit. De Gaulle, après dix ans d’exercice du pouvoir, c’était bien fini. Mais le gaullisme pouvait survivre. Le choix n’était plus entre lui et le chaos. En assurant la continuité du pouvoir, c’est Pompidou désormais qui rassurait les Français traumatisés par la « révolution » de mai. On lui était reconnaissant d’avoir tenu seul le pouvoir à Matignon tandis que le chef de l’État disparaissait à Baden-Baden. Il avait liquidé les dernières séquelles de « chienlit » en négociant les accords de Grenelle, en remettant la France au travail, et surtout en ramenant l’essence dans les stations-service. Les Français allaient enfin pouvoir repartir en week-end et en vacances.

 

 

 

 

 

Reste la question jamais élucidée : Pompidou a-t-il « tué le père », délibérément ou non, en se déclarant par deux fois prêt à lui succéder ? D’abord à Rome, avec sa célèbre petite phrase du 17 janvier 1969, lâchée dans un propos de cocktail sans préméditation apparente : « Si de Gaulle venait un jour à se retirer, je me porterais candidat à sa succession. » Puis à Genève le 13 février, où « par devoir » cette fois-ci, il s’était estimé tenu de clarifier officiellement la situation : « J’ai un passé politique. J’aurai peut-être un jour, si Dieu le veut, un destin national. »

 

 

 

 

 

Il est certain que le Général a été personnellement meurtri, et politiquement affaibli, par ces annonces prématurées qui semblaient lui signifier la fin de son pouvoir. Sans aller jusqu’à l’accuser du « coup de poignard dans le dos » dénoncé par le cercle ulcéré de ses fidèles, il a sévèrement déploré « cette gaffe ridicule et grave, pas tellement pour moi, mais qui peut quand même faire un peu de tort ». Il reste des traces de cette amertume dans le message qu’il lui envoie d’Irlande, le 31 avril, pour approuver sa candidature : « Sans doute eût-il mieux valu que vous ne l’ayez pas annoncée plusieurs semaines à l’avance, ce qui a fait perdre certaines voix au oui, vous en fera perdre quelques-unes à vous-même, et surtout pourra vous gêner dans votre personnage si vous êtes élu. »

Mais en apprenant le résultat de l’élection, de Gaulle, qui ne boit jamais de champagne, en fera monter une bouteille dans sa chambre d’hôtel. Quant à Pompidou, loin d’être atteint dans son personnage, il laissera le souvenir d’une présidence heureuse marquée par cinq années d’embellie économique et sociale et d’innovations culturelles. Et par cette exception inouïe dans la société la plus difficile à contenter : pour la première (et dernière) fois, plus des trois quarts des Français interrogés par les sondages avouent leur bonheur.

Publié dans Histoire

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