La Trahison originelle

Publié le par Christophe Chastanet

Avril 1974... le président Pompidou vient de mourir, les gaullistes viennent de perdre l'héritier du général et se cherchent dans la précipitation un successeur.

Un homme s'impose naturellement par son talent, son expérience et l'estime que lui portaient les Français: Jacques Chaban-Delmas, ancien premier ministre du président défunt, ardent et passionné défenseur du gaullisme.

Et pourtant, en pleine campagne présidentielle, alors que contrairement aux pronostics initiaux des commentateurs, Valéry Giscard d'Estaing est au coude à coude avec Jacques Chaban Delmas dans les intentions de vote, 43 députés UDR, emmenés par Jacques Chirac, jeune loup en devenir, annoncent leur ralliement à Giscard d’Estaing contre Chaban-Delmas, le candidat de leur parti.

Cet appel a de fait tué la candidature Chaban-Delmas qui n’a pu atteindre le second tour...

Cet appel, véritable trahison, est l'acte fondateur d'une longue carrière au plus haut sommet de l'Etat et résume à lui seul l'ambition démesurée d'un homme ainsi que sa trajectoire personnelle au mépris des idées qu'il était censé représenter.

Catherine Nay, brillante journaliste, a fort bien expliqué pourquoi Chirac a torpillé la candidature de Chaban-Delmas avec l' «appel des 43» : «La défense des grands principes du gaullisme ne tient guère de place dans leur raisonnement. [...] Une stratégie est toujours au service d'une ambition. Celle de M. Chirac est de prendre la tête d'un mouvement néo-UDR, d'ores et déjà prêt à conclure un pacte avec M. Giscard d'Estaing.» Plus tard, elle résumera son rôle à la tête du gouvernement: «Désormais, M. Giscard d'Estaing s'occupera de tout. Plutôt que Premier ministre, M. Chirac apparaît comme le premier des ministres.»

Jean Charbonnel, député-maire UDR de Brive et jadis signataire du " serment de Solignac", en visionnaire, n'avait-il pas alors affirmé :

"La formation du gouvernement Chirac ne peut être considéré par l'ensemble des dirigeants et des militants gaullistes que comme une provocation...Vichy rejoint l'OAS, la droite a retrouvé ses enfants perdus."

Une fois premier ministre, Jacques Chirac, dévoué et fidèle valet de Giscard d'Estaing consacra l'essentiel de son temps à liquider, pour le compte du chef de l'Etat, les barons du gaullisme qui désiraient conserver à l'UDR le rôle qui avait été le sien jusque là.

Consciencieusement, il les condamna à la mort politique, les soumettant, dans le meilleur des cas, au rang de potiches ou de fantômes autorisés à faire de brèves apparitions, drapés dans leur linceul immaculé, lors des cérémonies organisées en son honneur.

Franz Olivier Gisbert, dans son dernier livre sur Jacques Chirac, pouvant conclure cette chronique en notant opportunément que Chirac a éliminé ses amis politiques comme l'a fait Agatha Christie dans son célèbre roman des "Dix petits negres"...

Avril 1974... Chaban Delmas, le premier d'une trop longue liste...

Christophe CHASTANET

Initiative Gaulliste

 

 

 

 

 

 

Publié dans Histoire

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